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Traversée Nord-Sud des Lofoten

Traversée Nord-Sud des Lofoten (9 jours)

Présentation

Je m’appelle Geoffroy, j’ai 29 ans et suis passionné de grands espaces. Voilà bientôt 10 ans que je pratique le trek en autonomie ou en semi-autonomie. Et depuis quelques années, le projet d’une traversée à pieds et en solo, quelque part où l’on trouve de la montagne, hantait mon esprit. Alors cette année, lorsque je suis tombé par hasard sur une galerie photos des Lofoten (page facebook de Journal du Trek et/ou de Terres d’Aventures), pendant les mois de février/mars derniers, mon sang n’a fait qu’un tour : cela correspondait parfaitement à mes aspirations !
J’ai donc commencé par me renseigner, acheter les cartes au 1/50000ème, à faire des recherches sur internet… jusqu’à ce que je découvre ce site formidable, entièrement gratuit : Rando-Lofoten.net. J’ai ainsi pu bénéficier, en posant des questions sur le forum, des réponses avisées et professionnelles de David et Magdalena, les deux administrateurs du site (société Exploranor), qui vivent sur place la moitié de l’année depuis près de 12 ans. J’ai finalement pris mes billets d’avion et suis parti du 18 juillet au 2 août 2013. Encore quelques préparatifs, et j’étais fin prêt.
La réactivité des administrateurs du site, ainsi que la qualité de leurs réponses, ont énormément facilité la préparation de ma traversée des Lofoten.  D’ailleurs, je dis « ma » traversée, mais ce n’est pas tout à fait juste. En effet, je me suis appuyé à 80% sur le trajet proposé par David et Magdalena, que je n’ai finalement que très peu modifié. Toutefois, j’entrevois désormais quelques pistes d’amélioration du parcours, que je proposerais dans un futur proche (après avoir vérifié auprès des personnes compétentes que « ça passe » !).
La traversée se terminant à Sorvagen, où se situent les Rorbus exploités par David et Magdalena dans le cadre de leur activité avec Exploranor, j’ai ainsi pu les rencontrer en vrai, ainsi que les accompagnateurs présents pour encadrer les groupes. J’en profite pour glisser ici mes remerciements et mes salutations à toute cette équipe, avec qui j’ai partagé de très beaux moments !
De mon côté, je m’étais engagé à faire un retour de terrain sur cette traversée des Lofoten. Autant pour moi, d’ailleurs, que pour le site ! Pour moi en effet, car j’avais là une très belle occasion d’immortaliser ce magnifique voyage ! Et pour le site, parce qu’il est conçu comme un espace de partage que j’avais à cœur de mettre toutes ces informations à disposition. Ainsi, dans un avenir proche, vous trouverez sur le site Rando-Lofoten, qui aura la gentillesse d’héberger tout cela : le récit et la fiche technique détaillée de la traversée, les pistes d’optimisation et variantes envisageables, peut être un montage vidéo (si je réussis à le faire !).
Cependant, tout ça demande pas mal de travail, et il ne s’agit pas de mon activité principale ! Pour vous faire patienter un petit peu, nous avons souhaité avec David et Magdalena partager avec vous un premier avant goût de mon retour de terrain. Nous ne parlerons, humblement, que d’une mise en bouche ! La suite arrivera bientôt, je m’y engage.

Vous trouverez donc ici un premier descriptif du parcours (pour les supports cartographiques, voir directement les références des cartes sur le site), ainsi que mes impressions « à chaud » et « en vrac » sur ce parcours. Ainsi, sans dévoiler plus avant le récit complet de la traversée, qui sera mis en ligne prochainement, je profite de l’occasion pour vous livrer quelques informations essentielles, pour qui souhaiterait s’aventurer aux Lofoten, disséminées sans véritable cohérence : les caractéristiques du terrain et leurs incidences, la nature facétieuse des sentiers, les impératifs techniques induits par une telle traversée, quelques renseignements pratiques, et évidemment, quelques unes de mes impressions sur ce parcours (les plus marquantes).
Je précise que l’hypothèse de départ est la suivante : l’arrivée à Svolvaer correspond le jour 1, la traversée débutant le lendemain, jusqu’au jour 10 ou 11 (en fonction de la variante du jour 10).  

Bonne lecture, et surtout, je l’espère : bon voyage !

Le Jour à jour

(Le descriptif du parcours, la fiche technique, sera un peu plus détaillée et accompagnée des cartes avec les tracés).

JOUR 1
Descriptif : Arrivée à Svolvaer à 17h56. Les magasins ferment à 23 heures : parfait pour le ravitaillement directement sur place. Il y a des distributeurs en ville (peu courant aux Lofoten).
Bivouac : camping de Sandsletta
Ravitaillement : de préférence à Svolvaer
Logistique : La traversée démarre à Delp, au nord de Matmora. Idéalement, il faut réussir à atteindre le camping de Sandsletta (je l’ai fait en stop). On peut alors demander à Beate (la gérante du camping) si elle connaît quelqu’un qui va du côté de Delp le lendemain matin (elle me l’a proposé quand j’y étais).
Variante possible : dormir à Svolvaer et prendre le bus vers Laukvik depuis la place du marché (ligne 18-733 en été du moins).


 JOUR 2
Itinéraire : De laukvik aller à Delp – Ascension Matmora – Descente sur Sandsletta – Bivouac à Haugen si possible sinon entre Sandsletta et Haugen
Descriptif : Belle étape de montagne (crête, sommet, lac, forêts et fjords). Depuis Delp, au nord de Austvagoya, on monte plein sud sur l’arrête de Matmora (788 mètres), jusqu’au sommet. La descente s’effectue alors par le lac de Rangeldalsvatnet. Puis il y a une petite portion routière pour arriver au camping de Sandsletta (route peu passante).
Bivouac : camping de Sandsletta (compter 80 ou 90 Kr pour une tente).
Durée / Difficulté : compter 6 heures pour cette étape (ou 7 en tablant large). Pas de difficulté technique. 800 mètres positifs environ.
Ravitaillement : Au camping de Sandsletta (pain, fromage, un petit peu de charcuterie). Il est aussi possible d’y prendre le petit déjeuner.
Logistique : RAS mon capitaine.


JOUR 3
Itinéraire : De Sandsletta ou Haugen prendre plein sud direction Isvatnet – Possibilité de l’ascension de Rundfjellet puis descente sur Kleppstad par l’Olderfjord (plein ouest)
Descriptif : depuis le camping de Sandsletta, suivre la route sur 800 mètres environ, puis prendre la piste vers Augen, à droite, jusqu’à trouver le sentier permettant d’attaquer le relief du massif de Rundfjellet. Atteindre les lacs d’Itsvatnet et de Botnvatnet, l’ambiance est très alpine (pierriers, lacs, sommets de granit déchirés). Puis descendre, hors sentier, par le col permettant d’atteindre l’Olderfjord. La descente du col n’est pas évidente, puis il faut remonter tout la vallée qui est une immense tourbière, particulièrement par temps de pluie. Cette portion est longue et fatigante. Prévoir les pieds trempés. La fin de l’étape est plus agréable quoiqu’un peu longue : longer plein ouest l’Olderfjord sur sa rive droite, jusqu’à trouver la piste puis la route jusqu’à Kleppstad (petite portion de route pour finir). En résumé, c’est une étape éprouvante, avec une belle partie montagne puis une partie « nature sauvage », plus inconfortable. Par mauvais temps c’est une étape dure moralement !
 Bivouac : je n’ai pas trouvé mieux, par cette soirée pluvieuse, que l‘auvent de l’aire d’accueil pour camping cars… Je ne vous le conseille pas. Mais il doit être possible de pouvoir installer sa tente à proximité du pont pour Gimsoy.
Durée / Difficulté : l’étape la plus dure du parcours. Incontestablement. Elle est longue. Compter 8 ou 9 heures. Peu de dénivelé (environ 600 mètres) mais le terrain est très technique et éprouvant, notamment par temps humide ou pluvieux. Longue traversée de tourbière (pour rejoindre l’Olderfjord), il faut aimer avoir les pieds mouillés (impossible de bivouaquer dans cette combe).  Disparition du sentier au niveau de Bostvanet (un tiers du parcours).
Ravitaillement : non.
Logistique : Il n’y a pas de sentier dans l’Olderfjord (contrairement à ce que dit la carte). Possibilité de faire du stop selon les horaires, au niveau du petit parking sur lequel débouche le sentier (c’est là que démarre la piste).
Variante possible : l’ascension de Rundfjellet peut être incluse dans l’étape (compter deux heures de plus). En revanche, cela devient une très grosse journée !

 


JOUR 4
Itinéraire : De Kleppstad, stop jusqu’au deuxième pont (route E10). Prendre ensuite la route 815 qui descend plein sud jusqu'à Vikjorden.
Descriptif : Etape « routière ». C’est une étape de raccord. Sur une route peu passante néanmoins. Et puis elle est très courte. Il y a bien une variante montagne qui me semble possible mais je ne sais pas si ça passe…
Bivouac : aux abords  Vikjorden.
Durée / Difficulté : compter 2 heures sans stop et 4 heures si vous faites tout à pied.
Ravitaillement : non.
Logistique : Il est préférable de traverser Gimsoy en stop et de se faire déposer au deuxième pont.
Variante possible : au pont, prendre plein ouest par la prairie malgré le relief jusqu’au lac de Haugvatnet (au besoin en suivant la ligne électrique) – descendre sud sud ouest en passant à l’est de Molandstjorna jusqu’au col (MortenSkardet) puis reprendre le sentier jusqu’au sommet (Varden) – Redescendre jusqu’à Moland puis Vikjorden.


JOUR 5
Itinéraire : Au départ de Vikjorden, prendre le sentier qui monte jusqu’à Lyngedalsvatnet puis marcher jusqu’à Urdtjorna (petit lac) – descendre ouest ouest sud (en passant au sud de Urdtjorna) puis ascension de Dalstuva – redescente du sommet par le sentier sur la crête, puis atteindre l’antenne radio, d’où démarre la descente sur Brustranda.
Descriptif : Une magnifique étape de montagne. On est seul au monde. Pas toujours de sentier, mais un terrain tout à fait praticable, qui ne pose pas de difficulté (sauf l’humidité par mauvais temps). De très belles vues sur le massif de Haveren et les contreforts d’Austavagoya, beaucoup de petits lacs…
Bivouac : camping de Brustranda (compter 100 à 110 kr).
Durée / Difficulté : environ 800 mètres positifs. Compter 7 heures tout de même. Pas de difficulté particulière, l’orientation est assez évidente.
Ravitaillement : non, en revanche, il est possible de petit déjeuner au camping de Brustranda.
Logistique : RAS mon capitaine.
Variante possible : faire l’ascension de Trollsdalstinden. Elle me semble faisable sans prendre de risques.


JOUR 6
Itinéraire : Depuis Burstranda, suivre le sentier qui part Ouest Ouest Nord jusqu’à un croisement avec un autre sentier (Gjestberg) – prendre le sentier qui part sud ouest – ascension de Kartstaven – sentier jusqu’à Krenggarsvatnet – au moment de passer sous les 200m d’altitude à peu près, partir plein ouest sur Leknes par la prairie pour retrouver un sentier qui emmène directement au centre ville.
Descriptif : c’est l’étape « sommet » de la traversée ! On peut les enchaîner si on a les jambes. Ce sont de belles montagnes de granit recouvertes de bruyères. Cette étape offre des panoramiques magnifiques sur trois îles (Moskenes, Vestvagoya, Austvagoya).
Bivouac : autour de Leknes.
Durée / Difficulté : 7 heures sans Justadtinden, au moins 10 heures avec le sommet.
Ravitaillement : oui, à Leknes (cette ville est de toute façon un immense centre commercial…).
Logistique : une belle partie de stop en perspective pour relier Leknes à Napp, c'est-à-dire passer de Vestvagoya à Moskenes. Le tunnel ne peut de toute façon pas être emprunté par les piétons. Il y a aussi des bus, ça peut valoir le coup de se renseigner !
Variante possible : Il est possible d’ajouter l’ascension de Blatinden, et pourquoi pas pour les très gros marcheurs, de Justadtinden (rajouter au moins 3 à 4 heures…). De plus, en fonction des conditions météo et de la saison, il est possible de dormir à la belle étoile sur un des trois sommets de la journée (la vue de puis Karstaven est très sympa !) et profiter du soleil de minuit ! L’étape du lendemain, si l’on veut respecter le planning, est alors un peu longue…


JOUR 7
Itinéraire : Depuis Napp, suivre le sentier plein sud qui longe la côte jusqu’à Nusfjord.
Descriptif : Magnifique sentier côtier qui offre quelques vues d’anthologie. C’est une des étapes que j’ai préférée. Les ambiances se succèdent : forêts de bouleaux nain, cottages, cirques, fjords, lacs miroir, tourbière voir parfois marécages (au moins au niveau de l’ambiance !), plateaux granitiques et grands paysages de montagne, puis on termine sur un charmant village de pêcheur (qui n’en demeure pas moins un sacré « plume touriste »)…
Bivouac : autour de Nusfjord.
Durée / Difficulté : compter 8 heures tout de même, il y a des moments où l’on perd le sentier. Si vous vous retrouvez bloqués en essayant de suivre le tracé sur la carte, vous pouvez passer à l’ouest par le plateau, vous trouverez aisément une « voie » praticable. Et la vue depuis là haut est époustouflante ! Il y a peu de dénivelé (quelques centaines de mètres tout au plus). La fin d’étape peut être « sécurisée » par la route, mais il existe tout de même un sentier, qui rajoute un peu de dénivelé.
Ravitaillement : oui, c’est possible, mais je le déconseille fortement. Les prix sont exorbitants, c’est scandaleux. Un plume touriste dans toute sa splendeur.  
Logistique : pour information, l’entrée dans Nusfjord est payante… Je pense qu’il est possible de contourner l’entrée avec le guichet, mais ça reste à vérifier (lorsque j’y étais, je suis arrivé à Nusfjord à 3h du matin, et je n’ai rien payé car le guichet était fermé !).
Variante possible : pas besoin de variante sur cette étape !


JOUR 8
Itinéraire : De Nusfjord partir sud ouest sur le sentier qui longe la côte – à Nesland, récupérer la route et la remonter tranquillement jusqu’à Ramberg (6 km de route)
Descriptif : un petit sentier côtier très sympa, quoique très fréquenté, avec de belles vues sur la côte et la mer, avec des ambiances « du sud » ! Puis c’est une piste à partir de Nesland, mais le cadre est somptueux. Enfin, on termine par une portion routière dont la toute fin se fait sur la E10… Mais on ne peut pas faire autrement (sauf à faire du stop).
Bivouac : camping de Ramberg.
Durée / Difficulté :
Ravitaillement : Ramberg (supermarché).
Logistique : si vous dormez à Ramberg, il faut prévoir de rallier Fredvang en stop (cette portion de la E10 est infernale…). Il existe peut être des bus, ça peut valoir le coup de se renseigner.
Variante possible : il est possible de bivouaquer à Fredvang ou aux alentours, car le camping de Ramberg n’est pas top (il faut tout de même s’y ravitailler). Il peut être sympa de rallier Fredvang en stop pour y dormir une fois que les courses sont faites !

 


JOUR 9
Itinéraire : De Fredvang, passer par la prairie pour rejoindre le sentier – grimper le col par le sentier puis descendre sur la plage de Kvalvika. Passer de l’autre côté de la plage puis remonter le col par le sentier, longer le lac de Agvatnet, et suivre le sentier jusqu’à retrouver la piste au niveau de Marka. Longer la route jusqu’à Selfjordhytta. Après la petite forêt, au bord du Selfjord, vous trouverez une « hutte » (bon abri) pour y dormir.  
Descriptif : une étape impressionnante et variée : les plages de sable blanc de Kvalvika et ses lagons bleus turquoise, le Vestfjord et les montagnes qui l’entourent, des forêts de bouleaux nains et leurs lacs de montagne, un peu de tourbière tout de même… Une étape complète !
Bivouac : Au bord du Selfjord, dans une hutte située à proximité du ponton.
Durée / Difficulté : 5 ou 6 heures, en prenant son temps.
Ravitaillement : non.
Logistique : RAS mon capitaine. Ah si : il y a des toilettes sèches à côté de la hutte et un espace pour faire du feu. Et un fjord pour pêcher !
Variante possible : pas besoin de variante pour cette étape !


JOUR 10
Itinéraire : De Selfjordhytta prendre le sentier jusqu’à Kjerkforden – prendre le bâteau pour Reine
Descriptif : Encore une très belle étape : on démarre en contournant le fjord par la forêt de bouleaux nains, sur un sentier très technique. Puis on monte un premier collet, jusqu’à un joli lac de montagne, avant d’entamer l’ascension du col qui permet de basculer vers la plage de sable blanc de Horseidvika. Une fois sur la crête, il est possible de monter plusieurs petits sommets qui offrent des panoramas à couper le souffle sur le relief particulièrement déchiré de l’île de Moskenes. Par un sentier à flanc de versant, très sympa au demeurant, atteindre le second col qui permet de basculer sur Horseidvika. L’arrivée sur la plage est magnifique. On termine l’étape par un petit col qui permet d’atteindre le village de Kjerkfjord, pour y prendre le bateau en direction de Reine.
Bivouac : aux abords de Reine, Sorvagen… ou sinon, voir variante !
Durée / Difficulté : 6 heures environ, sans forcer.
Ravitaillement : pas de ravitaillement à Kjerkfjord. Sinon, ravitaillement possible à Reine et Sorvagen.
Logistique: ne ratez pas le bateau à Kjerkfjord ! Il faut donc bien se renseigner sur les horaires, et essayez d’être en avance.
Variante possible : sur le bateau pour Reine, il est possible de demander à se faire déposer à Tennes puis de marcher jusqu’à la powerstation (au bout du forsfjorden), s’il n’est pas possible d’y être déposé en bateau. De la powerstation, suivre la conduite forcée (sud sud ouest) jusqu’à couper le sentier – prendre le sentier en direction de Hermannsdalstinden. Installer le bivouac en contrebas du sommet.


JOUR 11 (si variante jour 10)
Itinéraire : Depuis le bivouac ascension de Hermannsdalstinden si la météo le permet (sans sac) – redescente sur le bivouac et rangement – reprendre le sentier jusqu’à Munkabu – ascension du Munken – redescente sur Sorvagen
Bivouac : à Sorvagen.
Durée / Difficulté : j’estime une telle étape à 8 ou 9 heures de marche au minimum. Gros dénivelé en perspective (autour de 1000 ou 1200 mètres positifs).
Ravitaillement : à Sorvagen.
Logistique : RAS mon capitaine !


En vrac!

 

-    Se promener en montagne avec sa maison sur le dos : du portage et de l’ambition…
Une traversée en solo sous ces latitudes induit presque mécaniquement un sac très lourd. En effet, en théorie, il n’y a pas de mauvaise météo, il n’y a que du mauvais matériel. Avec des conditions météo aussi changeantes, il faut donc prévoir un matériel adapté. Et puis tout est porté par une seule personne : réchaud, tente, nourriture, trousse de soins, etc etc… Dans ces conditions, le poids du sac est vraiment à prendre en compte pour calibrer les étapes. Et je trouve justement cet itinéraire très adapté à un tel portage : sauf exceptions, les étapes ne sont ni trop longues ni trop techniques, et il y a finalement assez peu de « gros » dénivelés. Il faut néanmoins considérer le poids du sac comme une difficulté.  

-    Un terrain technique qui exige une certaine concentration
Le terrain des Lofoten n’est pas insurmontable. En revanche, il est technique et exige parfois beaucoup de concentration, notamment pour qui navigue en solo (le poids du sac n’y est pas pour rien). On trouvera par alternance des zones de tourbières, des sentiers en sous bois, des passages de crêtes, des versants abrupts à gravir, ainsi que de grandes étendues dégagées. La difficulté peut résulter simultanément :
-    d’un sol qui « tient peu » (la couche d’humus est très mince), particulièrement en montagne ;
-    de rochers qui par temps humides deviennent de vraies patinoires (ils sont recouverts de mousse, de lichens et/ou d’algues) ;
-    de trous (littéralement) qui nous surprennent parfois, dans le sol, derrière un rocher, une racine, … :
-    de l’effort à fournir pour sautiller de touffes d’herbe en touffe d’herbe lorsqu’on traverse des zones de tourbière, et de la lecture du terrain que cela suppose !
-    des racines, traîtres et glissantes, qui jalonnent les sentiers de sous bois ;
-    des pierriers qui, non contents d’être déjà de véritables patinoires, ne « tiennent pas » et bougent beaucoup, et où il est par conséquent facile d’oublier une jambe.
La technicité du terrain aux Lofoten exige donc beaucoup de concentration. En effet, on est obligé de constamment regarder où l’on met les pieds, et il n’est donc pas évident de profiter du paysage lorsque l’on marche. En revanche, c’est un terrain, compte tenu de sa technicité, qui devient extrêmement plaisant une fois que l’on s’y est habitué !

-    Le caractère facétieux des « sentiers des trolls »
Aux Lofoten, comme dans le reste de la Norvège et dans la plupart des pays scandinaves, à ma connaissance, les légendes qui tournent autour des trolls et autres lutins des montagnes vivent encore dans les traditions populaires. On a par exemple coutume de dire que les trolls apparaissent au loin, puis disparaissent pour jouer un tour au promeneur. Personnellement, je n’ai pas vu de trolls et n’ai pas eu à déplorer de mauvaise farce !
En revanche, en quinze jours, j’ai été surpris par les sentiers, qui n’hésitent pas, quant à eux, à apparaître puis disparaître à leur guise ! Il n’est pas rare d’être sur un sentier, qui se transforme en sente, puis plus rien pendant plusieurs kilomètres jusqu’à tomber à nouveau sur un sentier.
Une partie non négligeable de la traversée se fait donc hors sentier. Un bon sens de l’orientation est donc déterminant, ainsi qu’une faculté à comprendre le terrain, qui se lit pour sa part assez facilement : la plupart des voies à emprunter sont évidentes.

-     Les pieds mouillés : la fatalité de l’éponge !
Autant vous prévenir tout de suite : compte tenu de la nature du terrain et du caractère facétieux des sentiers, il vous faudra aimer marcher avec les pieds mouillés, faire contre mauvaise fortune bon cœur et/ou espérer une météo clémente ! Les Lofoten sont comparables à une gigantesque éponge ! Il est donc utile de prévoir une deuxième paire de chaussures par souci de confort. Cela étant, si vous pouvez éviter les zones de tourbières…

-    Des plaisirs de la route :
Compte tenu de la morphologie des Lofoten, certaines portions de route sont inévitables, notamment en fin d’étape. Il faut donc se faire une raison.
L’avantage de ces fins d’étape – sauf celles qui par malheur, comme pour l’arrivée sur Ramberg, se déroulent sur l’horrible E10 –, c’est qu’elles « reposent » : on n’est pas obligé de regarder où l’on met ses pieds ! On peut donc profiter allègrement du paysage. Et puis c’est le moment d’écouter un peu de musique, ça couvre le bruit des voitures.
En revanche, je vous conseille une autre paire de chaussures que celles de randonnée, pour une simple question de confort (baskets, running…).

-    Si vous aimez manger frais (et que vous avez l’âme du pêcheur-cueilleur)
Pour qui sait pêcher, aux Lofoten, c’est poisson frais garanti tous les soirs ! Dois-je préciser que je ne savais pas pêcher… Quelle tristesse ! C’est un de mes regrets, d’ailleurs.
On y trouve également beaucoup de champignons, en fonction de la saison. Je ne suis pas spécialiste, mais je crois que pour qui s’y connaît un tant soit peu en matière de cèpes et bolets, il est possible de cuisiner tous les soirs également !
Enfin, toujours en été, il y a de nombreuses baies un peu partout dans les montagnes, et particulièrement mes favorites : les mûres arctiques (appelées également ronces des tourbières) ! Il suffit donc de se baisser un peu pour manger des fruits frais.
En résumé, pour qui souhaite réveiller son instinct de pêcheur-cueilleur, les Lofoten sont un endroit idéal ! Un paquet de pâtes lyophilisées, un petit pot de crème, du sel et du poivre suffiraient donc !

-    Du stop en Norvège…
Les Norvégiens ne sont pas très portés sur le stop. Assez peu du moins. La moitié seulement des bienfaiteurs qui m’ont pris en stop durant ma traversée étaient Norvégiens. C’est d’autant plus frustrant qu’ils sont seuls pour la plupart dans de groooosses voitures ! Il faut donc s’attendre à devoir attendre ! Le bus, dans certains cas, peut être une bonne option (passage de Leknes à Napp par exemple…).

-    Un peu de sérieux : quel budget pour la traversée ?
En optimisant, avec le billet d’avion (550 €), je m’en tire pour 850 € tout compris pour les 9 jours de traversée, bus de retour compris. Et avec ça, j’ai quand même pu manger une pizza à Leknes et un fish and chips à Nusfjord (avec une bière fraîche dans les deux cas) !

-    Du rapport au temps ou l’intérêt du jour continu
Si, comme moi, vous faites la traversée en été, vous pourrez profiter du jour continu. Et cela présente plusieurs avantages non négligeables : il ne fait jamais nuit (on n’est donc jamais pris par l’obscurité), et il n’y a pas non plus de chute de températures importante liée à la disparition du soleil (donc peu de rosée, par exemple, en cas de nuit à la belle étoile par temps sec). Lorsqu’on se perd en montagne dans le brouillard, par exemple (ce qui m’est arrivé), il n’y a aucune panique à avoir : au pire, on finit plus tard. C’est donc extrêmement confortable.
Et cela permet également d’ajuster parfaitement son timing, au plus proche de ses envies. Au fond, la seule contrainte est de gérer les temps de parcours pour ne pas rater les horaires d’ouverture des magasins où l’on se ravitaille. Ou d’arriver à l’heure pour le bateau à Kjerkfjord. En dehors de ces quelques contraintes « horaire », le jour continu, c’est la liberté totale !
Et d’incroyables ambiances. J’ai terminé plusieurs étapes assez tard (entre 1h et 3h du matin), et ai pu profiter de lumières absolument fantastiques… Il me semble d’ailleurs, lorsque l’on est aux Lofoten, que conserver un rythme « classique » calé sur la durée du jour en France est le plus sûr moyen de ne pas profiter pleinement des avantages des latitudes arctiques.  
Pour conclure sur ce point, une telle traversée en été offre un rapport au temps et au paysage tellement distendu… C’est absolument génial, car on n’est tout simplement jamais pressé. Ce sont donc, certes avec un petit effort, de véritables vacances, au sens où l’on retrouve la vraie valeur du temps ! Et ce n’est pas rien…

-    Une nature sauvage mais accessible et globalement peu dangereuse !
Dans le nord de la Norvège, on trouve des ours, des lynx, des moustiques (une bonne quinzaine d’espèces différentes, toutes plus féroces les unes que les autres), des midges, des mouches noires, … sans parler des températures qui, sur le continent, peuvent rapidement chuter, y compris en été.
Aux Lofoten, l’impact du Gulf Stream garantit des températures plus clémentes (ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas être équipé, car on peut passer de 15-18° à 5-8° en une petite heure dès que le vent se lève, que le ciel se couvre et/ou qu’il se met à pleuvoir…). Et on ne rencontre ni ours, ni lynx, ni moustiques (très marginalement), ni midges, ni mouches noires, ni autres bestioles qui piquent… Concrètement, les Lofoten, c’est une nature sauvage, mais pas hostile. Une nature sauvage, très confortable. Une nature sauvage, ouverte aux curieux. Une nature sauvage, sans danger. Le pied, quoi !
Au fond, il faut juste aimer avoir les pieds mouillés !

-    Avant le départ, trois semaines durant, implorer chaque soir la clémence du Dieu du Soleil
En ce qui me concerne, sur les 9 jours de traversée, j’ai eu plein soleil pendant 6 jours consécutifs et seulement deux vraies journées de mauvais temps (pluie, vent, brouillard, froid).
Il est évident que la traversée s’en est trouvée nettement facilitée. Le même parcours sous la pluie, dans le froid et l’humidité pendant neuf jours, n’aurait certainement pas été aussi « simple ».
Toutefois, à moins que vous n’ayez pas de chance du tout, il ne pleut pas en continu aux Lofoten, loin de là. La fin du mois de mai et le mois de juin sont tout de même à privilégier.

-    Bivouac ? Vous avez dit bivouac ?
Dans le détail, j’ai dormi dans trois campings différents, j’ai eu la chance de trouver deux abris de fortune pour mes deux nuits les plus dures, et j’ai dormi trois nuits à la belle étoile (les conditions étaient parfaitement appropriées). Donc pas de difficulté.
En revanche, je me permets ce petit paragraphe simplement pour vous avertir : il n’est pas toujours facile de trouver un « bon spot » pour planter sa tente. La présence de tourbières, de forêts ou le caractère accidenté du terrain n’aident pas. Et quand c’est plat et parfaitement enherbé, c’est souvent un terrain privé.
Attendez-vous donc à devoir parfois chercher un petit peu avant de trouver l’endroit idéal !

-    Impressions plus générales (je tente une synthèse !)
Si je dois m’essayer à une synthèse, je dirais en premier lieu que le parcours de la traversée est particulièrement accessible en termes d’effort physique, et est très bien construit (même s’il peut être optimisé). Les deux difficultés principales sont le portage, d’une part, et le repérage topo et la nature du terrain d’autre part.
Les paysages, qui ne sont pas forcément variés si l’on considère l’ensemble du parcours, sont tout de même grandioses et peuvent offrir, sur une même journée, une grande diversité d’ambiances : on peut passer d’une tourbière à un lac de montagne bordé de sa forêt de bouleaux nains, avant d’accéder à une partie plus alpine dès que l’on bascule sur des altitudes plus « montagne », à laquelle succèdera une belle plage de sable blanc bordée de son lagon bleu turquoise, le tout avant de terminer au bord d’un fjord dans lequel se reflète tous les sommets alentours !
Un autre élément qui m’a marqué, c’est le rapport au temps. En été, il y est différent et cela m’a semblé particulièrement apaisant. Et puis même si l’on croise toujours une trace de civilisation dans la journée, on n’en demeure pas moins immergé dans une nature vraiment sauvage, mais pas hostile pour autant.

Cette traversée est donc sublime et offre de magnifiques moments de montagne à qui s’y attèle. Personnellement, j’ai vécu 10 jours de bonheur simplissime. C’est ce que j’étais venu chercher et je peux dire que j’en aurai allègrement profité ! Et en termes de budget, c’est aussi une manière découvrir la Norvège à moindres frais… Un détail peut être, pour conclure : les portions routières sont fréquentes sur ce parcours, même si elles sont généralement courtes. Cela est induit par la morphologie des Îles Lofoten, et il me semble que certaines de ces portions sont inévitables. Toutefois, en dehors de la route principale (la fameuse E10), il y a globalement peu de circulation. Il me semblerait dommage de ne pas faire cette magnifique traversée pour ce motif. D’ailleurs, avec un peu de musique et une paire de chaussures adaptées à l’asphalte, j’ai même trouvé les fins d’étape « routières » reposantes (parce que le terrain y est nettement moins technique !). Je ne peux donc que recommander cette traversée des Lofoten : c’est un vrai bonheur. Et puis, pour ceux qui auraient peur de la solitude, on y rencontre tout de même du monde, que ce soit en stop, sur les sentiers, dans les campings… même si l’on reste seul la majeure partie du temps.Pour conclure, je ne peux que vous conseiller cette traversée des îles Lofoten… C’est tout simplement magique (n’en déplaise aux trolls et lutins farceurs).

 

 

Geoffroy